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Angelina Jolie-Mastectomie bilatérale

Angelina Jolie lance le débat sur la mastectomie préventive

LE MONDE | 15.05.2013 à 09h33 • Mis à jour le 15.05.2013 à 16h24 | Sandrine Cabut

 

anjelena-juliatJamais une campagne institutionnelle de santé publique n’aurait eu un tel écho. En révélant, dans une tribune parue mardi 14 mai dans le New York Times, avoir subi une ablation préventive des deux seins (double mastectomie) du fait d’une prédisposition génétique aux cancers du sein et de l’ovaire, l’actrice américaine Angelina Jolie a mis ce sujet médical à la “une” des médias du monde entier.

Son choix d’une intervention radicale pourrait bien faire des émules chez d’autres femmes présentant une mutation des gènes Brca1 ou Brca2, qui augmente le risque de cancer mammaire. Au risque, s’inquiètent des spécialistes, de pousser vers la chirurgie des patientes qui jusque-là se satisfaisaient d’une surveillance assidue de leurs seins.

Dans un long texte intitulé “Mon choix médical”, la star, âgée de 37 ans, explique qu’elle est porteuse d’une mutation du gène Brca1, ce qui l’expose à un risque de 87 % de développer un cancer du sein et de 50 % pour celui de l’ovaire. Sa mère a succombé à une tumeur ovarienne à l’âge de 56 ans.

DE 5 % À 10 % DES CANCERS DU SEIN HÉRÉDITAIRES

“J’ai décidé de prendre l’initiative et de minimiser les risques autant que possible (…). J’ai commencé avec les seins, car le risque de cancer du sein est plus élevé que celui de l’ovaire et la chirurgie est plus complexe”, relate Angelina Jolie, qui décrit largement l’intervention qu’elle vient de subir.

“J’ai choisi de ne pas garder mon histoire privée, ajoute-t-elle, car il y a beaucoup de femmes qui ne savent pas qu’elles vivent peut-être dans l’ombre d’un cancer. J’espère qu’elles pourront avoir accès aux tests génétiques et, si leur risque est élevé, savoir qu’elles ont des solutions efficaces.”

En pratique, une minorité (5 % à 10 %) des cancers du sein et de l’ovaire sont héréditaires. Les tests génétiques sont pratiqués dans les familles où plusieurs membres ont été atteints de ces tumeurs.

Les mutations des gènes Brca1 ou Brca2 concernent environ une femme sur 500, mais “dix fois plus dans la population ashkénaze”, selon le professeurDominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique oncologique de l’Institut Curie (Paris). Comme d’autres spécialistes français, cette oncogénéticienne souligne que les niveaux de risque avancés par Angelina Jolie sont élevés par rapport aux données de la littérature.

UNE INTERVENTION “PAS ANODINE”

Chez les femmes porteuses d’une mutation du gène Brca1, le risque de présenter un cancer du sein avant 70 ans est plutôt estimé à 70 % (ce taux étant de 10 % dans la population générale) ; celui de développer un cancer de l’ovaire à 40 %. Les risques conférés par une mutation du Brca2 sont un peu moindres.

En France, l’Institut national du cancer a défini des recommandations très précises pour prendre en charge les femmes porteuses de ces deux mutations. Pour les seins, deux principales options sont possibles : une surveillance rapprochée (notamment par des IRM) ou une chirurgie préventive.

Un essai clinique est par ailleurs en cours pour confirmer l’efficacité d’un médicament qui réduirait de 65 % le risque de tumeur mammaire. Mais les chercheurs ont du mal à recruter des volontaires, déplore le professeurPascal Pujol (CHU de Montpellier), coordonnateur de l’étude.

Le recours à la chirurgie préventive est très variable selon les pays. “Le taux de mastectomie atteint 30 % à 40 % dans des pays comme les Etats-Unis, la Hollande ou l’Angleterre. En France, il est beaucoup plus faible, pour des raisons culturelles qui ne tiennent pas tant aux patientes qu’aux médecins”, estime le professeur Pujol.

Comme ses collègues, il souligne que l’ablation prophylactique (préventive) des seins est une option proposée systématiquement, mais pas une recommandation. “Une mastectomie n’est pas une intervention anodine. De plus, il faut réintervenir une fois sur deux au niveau de la prothèse, du fait d’une infection, d’un hématome …”, insiste ce spécialiste.

“RISQUE DE PROSÉLYTISME”

L’annexectomie (ablation des ovaires et des trompes) est en revanche recommandée après 40 ans chez les porteuses de mutations des gènes Brca 1 ou Brca 2, car même si le niveau de risque est plus faible que pour les tumeurs du sein, les cancers de l’ovaire sont difficiles à détecter tôt et leur pronostic est nettement moins bon. En France, entre 60 % et 70 % des femmes concernées accepteraient cette intervention, pratiquée sous coelioscopie.

“Le bon côté du coming out d’Angelina Jolie, c’est de montrer qu’il existe des solutions. Cela nous permet de rappeler que le système français est bien organisé. Le mauvais côté, c’est le risque de prosélytisme”, résume le docteur Catherine Noguès (Institut Curie, Saint-Cloud), qui coordonne une cohorte nationale d’individus porteurs de mutations des gènes Brca1 ou Brca2.

Créée en 2000, celle-ci a inclus au total 2 400 personnes, hommes et femmes, soit environ 20 % des porteurs de mutations de ces gènes identifiés en France. “Dans notre dernière évaluation, le taux de mastectomie préventive est inférieur à 10 %, mais il a augmenté depuis 2000″, souligne Mme Noguès. Reste à savoir si l’annonce de la star américaine accentuera la tendance.

Lettre ouverte de Angelina Jolie publiée la même journée (en anglais seulement)